Blog 09/04/2026

Tendinopathie chronique qui stagne : le protocole HSR, guide pratique pour les kinésithérapeutes

Benatoui Marie

Tendinopathie chronique qui stagne : le protocole HSR, guide pratique pour les kinésithérapeutes


Ça nous est tous déjà arrivé : M. Bernard, tendinopathie du tendon d'Achille depuis 6 mois, qui n'avance pas. Les séances s'enchaînent, les résultats stagnent, et on ne sait plus trop quoi ajuster.

Dans ces situations, la question du protocole HSR revient souvent. Et pour cause — c'est l'une des approches les mieux documentées pour les tendinopathies chroniques. Encore faut-il savoir l'utiliser correctement, l'adapter à chaque patient et ne pas passer à côté des causes réelles de la stagnation.

Voici un guide pratique complet pour intégrer le HSR dans ta pratique.

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Pourquoi ça stagne ? Les causes à identifier en premier

Avant même de parler de protocole, il faut s'interroger sur ce qui bloque. Voici les erreurs les plus fréquentes :

  • Bilan incomplet — interroge le patient sur ses activités quotidiennes, pas uniquement sur les séances
  • Trop de passif, pas assez d'actif — l'actif doit primer sur le passif dans la prise en charge des tendinopathies
  • Amplitudes insuffisantes — travailler en amplitudes complètes est essentiel
  • Volume et charge insuffisants — un volume personnalisé et une charge progressive sont indispensables
  • Absence de pliométrie — les sauts et la pliométrie doivent être introduits par étapes et intensifiés progressivement
  • Manque d'évaluation — des tests de force fonctionnelle avant le retour au sport sont nécessaires
  • Alliance thérapeutique insuffisante — éduquer le patient à sa pathologie et à la douleur est un levier majeur
  • Autonomisation insuffisante — le patient doit réaliser ses exercices à domicile entre les séances
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Le protocole HSR : qu'est-ce que c'est ?

Le HSR (Heavy Slow Resistance) est une méthode d'entraînement en résistance lente et lourde, principalement utilisée dans la prise en charge des tendinopathies chroniques.

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En quoi ça consiste ? Il vise à améliorer la fonction et à réduire la douleur par un renforcement progressif et contrôlé des muscles et tendons concernés. Il permet une sollicitation mécanique suffisante pour stimuler l'adaptation tendineuse et musculaire, favorisant la réparation, la réduction de la douleur et l'amélioration fonctionnelle.

Pour quels patients ?

Le HSR est recommandé pour :

Tendinopathies patellaires
Tendinopathies achilléennes
Tendinopathies proximales des ischiojambiers
Épicondylalgies latérales (tennis elbow)
Fasciapathies plantaires
Douleurs d'épaule sous-acromiales
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Uniquement pour les sportifs ? Non. Le HSR s'adresse à tous les patients actifs, sportifs ou non, présentant une douleur chronique tendineuse — souvent après échec d'autres traitements conservateurs.

Adaptation selon le profil

La charge est toujours modulée en fonction du patient et de ses ressentis. Une attention particulière est requise pour :

  • Les patients très douloureux
  • Les patients en phase aiguë
  • Les personnes âgées
  • Les personnes sédentaires
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Cas particulier : enthésopathie Chez les patients présentant une enthésopathie, il est conseillé de débuter le protocole avec des amplitudes partielles, d'éviter les amplitudes complètes en phase douloureuse, et de progresser selon la tolérance.

Contre-indications

  • Douleur non tolérable
  • Pathologies aiguës inflammatoires
  • Incapacité à réaliser les exercices en sécurité
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Le protocole en pratique

Les exercices

3 exercices polyarticulaires spécifiques selon la localisation :

  • Achille — 3 exercices bilatéraux : mollet genou fléchi (seated calf raise), mollet genou tendu (leg press calf raise), mollet genou tendu debout (barre/charge). Si pas de machines : variations équivalentes (assis avec charge sur genoux, presse improvisée, debout avec haltères ou barre)
  • Patellaire — squat, leg press, hack squat, amplitude 0–90° genou. Si pas de hack squat : squat guidé, belt squat, split squat lourd (en restant cohérent sur la progression)

Les paramètres clés

Variable Guideline En pratique
Charge >70% du 1RM, adaptée à la tolérance Charge "dure mais faisable" — pas du léger confort
Tempo 3–4 s concentrique + 3–4 s excentrique, pause isométrique possible Métronome 60 bpm : 3 temps down / 3 temps up
Séries 4 séries/exercice (Achille : 3 séries S1 puis 4 selon protocole) Repos long obligatoire entre séries — pas de cardio
Repos 2–3 min entre séries / 5 min entre exercices Chrono +++
Fréquence 3 séances/semaine sur 12 semaines Si 2/sem uniquement possible : mieux que rien, mais 3/sem reste la référence

Progression sur 12 semaines

Sem 1
3×15
RM par exercice
Sem 2–3
3×12
RM par exercice
Sem 4–5
4×10
RM par exercice
Sem 6–8
4×8
RM par exercice
Sem 9–12
4×6
RM par exercice
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Qu'est-ce que la RM ? La 15RM correspond à la charge maximale qu'un patient peut soulever 15 fois — la 16e répétition n'est pas possible. La 1RM est la charge maximale pour une seule répétition. L'objectif est de travailler avec une RM = charge qui laisse 0–1 rep en réserve. Si le patient est capable de 2 reps de plus → pas assez lourd.
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Gestion de la douleur : les règles à connaître

Pendant la séance

Une douleur de 4 à 5/10 sur l'échelle numérique pendant l'exécution est autorisée — c'est la zone tolérable. Si le patient grimace, se crispe ou compense → diminuer la charge.

Après la séance — le critère clé

⚠️
Attention aux douleurs post-séance Le patient peut ne déclarer aucune douleur pendant l'exercice, mais en avoir 24 à 48h après. Si c'est le cas : réduire la charge ou le nombre de répétitions/séries. La douleur doit revenir au niveau habituel avant la séance suivante — c'est le check le plus fiable à J+1/J+2, avec la raideur matinale.

Progression de la charge

Augmenter la charge dès que le patient tolère la charge et le volume prescrits, en respectant la douleur (tolérable, non croissante d'une séance à l'autre). Évolution chaque semaine vers le bloc RM prévu — si critères douleur/récup OK.

Si trop facile avant la fin : augmente la charge doucement. Si trop dur : même bloc, 1 semaine de plus.

Quand régresser ?

  • Douleur nettement augmentée le lendemain
  • Douleur persistante au-delà de 24–48h
  • Perte nette de fonction

En cas de régression : −10 à −20% de charge OU −1 série/exercice pendant 1 semaine, et re-doser l'activité quotidienne (Pain monitoring model).

Retour au sport / activité

Pour le tendon d'Achille : repos relatif 3 semaines, reprise si douleur ≤ 3–4/10 sur l'EN. Si sport important : adapter volume, sauts et fractionné, et surveiller la réponse 24 à 48h après.

🎯 À retenir

  • Actif > Passif
  • Progressif > Brutal
  • Lent & lourd > Léger & rapide
  • Douleur < 5/10 pendant la séance
  • Douleur 0/10 après la séance
  • Prescription d'exercices + quantification personnalisée

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  • Suivi de la progression clair et qualitatif — courbes automatiques basées sur les feedbacks : douleur ressentie, nombre de reps, évolution des charges, reprises d'activités
  • Exercices prescrits accessibles depuis le téléphone du patient — pour assurer l'autonomisation à domicile entre les séances

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En résumé

Le protocole HSR n'est pas une recette magique — c'est un outil rigoureux qui demande une prescription adaptée, un suivi de la douleur séance après séance, et une vraie alliance thérapeutique avec le patient.

Avant tout, identifie ce qui stagne. Puis structure, progresse et ajuste. C'est ça, la clé d'une rééducation tendineuse qui fonctionne vraiment.

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