Pratique clinique · Tendinopathies
Ça nous est tous déjà arrivé : M. Bernard, tendinopathie du tendon d'Achille depuis 6 mois, qui n'avance pas. Les séances s'enchaînent, les résultats stagnent, et on ne sait plus trop quoi ajuster.
Dans ces situations, la question du protocole HSR revient souvent. Et pour cause — c'est l'une des approches les mieux documentées pour les tendinopathies chroniques. Encore faut-il savoir l'utiliser correctement, l'adapter à chaque patient et ne pas passer à côté des causes réelles de la stagnation.
Voici un guide pratique complet pour intégrer le HSR dans ta pratique.
Pourquoi ça stagne ? Les causes à identifier en premier
Avant même de parler de protocole, il faut s'interroger sur ce qui bloque. Voici les erreurs les plus fréquentes :
- Bilan incomplet — interroge le patient sur ses activités quotidiennes, pas uniquement sur les séances
- Trop de passif, pas assez d'actif — l'actif doit primer sur le passif dans la prise en charge des tendinopathies
- Amplitudes insuffisantes — travailler en amplitudes complètes est essentiel
- Volume et charge insuffisants — un volume personnalisé et une charge progressive sont indispensables
- Absence de pliométrie — les sauts et la pliométrie doivent être introduits par étapes et intensifiés progressivement
- Manque d'évaluation — des tests de force fonctionnelle avant le retour au sport sont nécessaires
- Alliance thérapeutique insuffisante — éduquer le patient à sa pathologie et à la douleur est un levier majeur
- Autonomisation insuffisante — le patient doit réaliser ses exercices à domicile entre les séances
Le protocole HSR : qu'est-ce que c'est ?
Le HSR (Heavy Slow Resistance) est une méthode d'entraînement en résistance lente et lourde, principalement utilisée dans la prise en charge des tendinopathies chroniques.
Pour quels patients ?
Le HSR est recommandé pour :
Adaptation selon le profil
La charge est toujours modulée en fonction du patient et de ses ressentis. Une attention particulière est requise pour :
- Les patients très douloureux
- Les patients en phase aiguë
- Les personnes âgées
- Les personnes sédentaires
Contre-indications
- Douleur non tolérable
- Pathologies aiguës inflammatoires
- Incapacité à réaliser les exercices en sécurité
Le protocole en pratique
Les exercices
3 exercices polyarticulaires spécifiques selon la localisation :
- Achille — 3 exercices bilatéraux : mollet genou fléchi (seated calf raise), mollet genou tendu (leg press calf raise), mollet genou tendu debout (barre/charge). Si pas de machines : variations équivalentes (assis avec charge sur genoux, presse improvisée, debout avec haltères ou barre)
- Patellaire — squat, leg press, hack squat, amplitude 0–90° genou. Si pas de hack squat : squat guidé, belt squat, split squat lourd (en restant cohérent sur la progression)
Les paramètres clés
| Variable | Guideline | En pratique |
|---|---|---|
| Charge | >70% du 1RM, adaptée à la tolérance | Charge "dure mais faisable" — pas du léger confort |
| Tempo | 3–4 s concentrique + 3–4 s excentrique, pause isométrique possible | Métronome 60 bpm : 3 temps down / 3 temps up |
| Séries | 4 séries/exercice (Achille : 3 séries S1 puis 4 selon protocole) | Repos long obligatoire entre séries — pas de cardio |
| Repos | 2–3 min entre séries / 5 min entre exercices | Chrono +++ |
| Fréquence | 3 séances/semaine sur 12 semaines | Si 2/sem uniquement possible : mieux que rien, mais 3/sem reste la référence |
Progression sur 12 semaines
Gestion de la douleur : les règles à connaître
Pendant la séance
Une douleur de 4 à 5/10 sur l'échelle numérique pendant l'exécution est autorisée — c'est la zone tolérable. Si le patient grimace, se crispe ou compense → diminuer la charge.
Après la séance — le critère clé
Progression de la charge
Augmenter la charge dès que le patient tolère la charge et le volume prescrits, en respectant la douleur (tolérable, non croissante d'une séance à l'autre). Évolution chaque semaine vers le bloc RM prévu — si critères douleur/récup OK.
Si trop facile avant la fin : augmente la charge doucement. Si trop dur : même bloc, 1 semaine de plus.
Quand régresser ?
- Douleur nettement augmentée le lendemain
- Douleur persistante au-delà de 24–48h
- Perte nette de fonction
En cas de régression : −10 à −20% de charge OU −1 série/exercice pendant 1 semaine, et re-doser l'activité quotidienne (Pain monitoring model).
Retour au sport / activité
Pour le tendon d'Achille : repos relatif 3 semaines, reprise si douleur ≤ 3–4/10 sur l'EN. Si sport important : adapter volume, sauts et fractionné, et surveiller la réponse 24 à 48h après.
🎯 À retenir
- Actif > Passif
- Progressif > Brutal
- Lent & lourd > Léger & rapide
- Douleur < 5/10 pendant la séance
- Douleur 0/10 après la séance
- Prescription d'exercices + quantification personnalisée
Kinehub est là pour t'aider à mieux prescrire et mieux t'adapter à chaque patient
Créer, suivre et ajuster un protocole HSR sur 12 semaines demande rigueur et traçabilité. Kinehub est pensé pour ça — pour des rééducations vraiment personnalisées.
- Programmes rapides à créer ou préconçus par nos experts — ajustables et personnalisables facilement selon le profil de chaque patient
- Suivi de la progression clair et qualitatif — courbes automatiques basées sur les feedbacks : douleur ressentie, nombre de reps, évolution des charges, reprises d'activités
- Exercices prescrits accessibles depuis le téléphone du patient — pour assurer l'autonomisation à domicile entre les séances
Essai gratuit pendant 15 jours, sans engagement. Commence dès aujourd'hui.
En résumé
Le protocole HSR n'est pas une recette magique — c'est un outil rigoureux qui demande une prescription adaptée, un suivi de la douleur séance après séance, et une vraie alliance thérapeutique avec le patient.
Avant tout, identifie ce qui stagne. Puis structure, progresse et ajuste. C'est ça, la clé d'une rééducation tendineuse qui fonctionne vraiment.